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LUTTERBACH 

La Savonnerie de Lutterbach a donné son nom à une zone d’activités en direction de Reiningue et à une rue. C’est elle qui produisait les savonnettes d’hôtel et le Petit Marseillais.

Article de Antoinette OBER • 14 sept. 2021 • journal L'Alsace • https://c.lalsace.fr/culture-loisirs/2021/09/14/un-quartier-un-nom-du-savon-grace-a-la-force-motrice-du-moulin

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La Savonnerie en 1979. Le bunker qui sert de support publicitaire a été construit par les Allemands, pendant la guerre de 1914-1918 et a servi plus tard à la fondation pour la cheminée de la chaudière de production de vapeur.  DR

Le Centre d’initiation à la nature et à l’environnement (Cine) à Lutterbach occupe le moulin qui daterait du XVIe siècle (1584 d’après une inscription sur une porte) et qui était le bâtiment principal de la Savonnerie. La roue, qui n’a quasiment jamais cessé de tourner, a servi jusque dans les années 1950 à actionner la presse et la coupeuse de l’usine.

Le 7 décembre 1907, rapporte Jean Dietschy dans le Cahier 4 Lutterbach Histoire d’un village , de l’Association d’histoire de Lutterbach, le manufacturier mulhousien Eugène Jaquet et le chimiste René Federmann créaient la Société chimique des huiles et graisses, à usage industriel. « La fabrication de savon destiné à l’industrie textile n’est intervenue qu’aux environs de 1920 avec l’arrivée de Marcel Dietschy succédant à son père Jean » (p. 17).

Des savons pour Dior, Paco Rabanne, L’Oréal…

L’entre-deux-guerres voit le développement de la production de savon d’entretien dit de Marseille. Parallèlement, une seconde société intégrée à la Savonnerie fabriquait des produits chimiques (acides, acétine, shampooing à base d’ammoniaque, brillantine…).

À la Libération, les bombardements n’ont pas épargné l’usine, sinistrée à 90 %. Mais la Savonnerie se reconstruit, grâce à Édouard Michel, un directeur fort apprécié dont les anciens salariés se souviennent encore. Au début des années 1960, des commandes de l’armée soutiennent la production. Mais, face aux grandes sociétés, elle ne dispose que de son savoir-faire. Édouard Michel décide donc de « faire ce que les uns ne peuvent pas faire et ce que les autres ne veulent pas faire » : les savonnettes d’hôtel, pour les avions, et les savons de parfumerie, surtout pour les grandes marques : Dior, Paco Rabanne, L’Oréal, Yves Rocher…

L’entreprise compte jusqu’à une centaine d’employés. Elle fournit aussi la base aux savonneries qui ne fabriquent pas mais transforment seulement ainsi que, aux grandes sociétés, la poudre pour les lessives.

Quand Édouard Michel prend sa retraite, en 1980, Tensia France, filiale de la British petroleum rachète la Savonnerie puis la revend à la Sepa (Savonnerie et parfumerie de Lunéville). On envisage alors même de commercialiser le Petit Marseillais au Japon et en URSS. Malheureusement, en 1991, son président, âgé, cède la Savonnerie à un Suisse qui donne une tout autre orientation à l’entreprise pour en faire Lutterbach plastiques. Les machines partent en Suisse… Deux incendies successifs dont on ignore la cause exacte ont eu raison de la Savonnerie, qui a fermé ses portes en 1992.

La commune a racheté les terrains pour y implanter une petite zone d’activités. Elle a cédé le moulin à l’agglomération, pour que celle-ci y développe le Cine.