Livre de 2020, livre de son temps.

En voilà un beau titre : « Cultiver la relation enfant-nature » ! C’est celui du livre de cent et quelques pages d’Anne-Louise Nesme paru ce début d’année chez Chronique sociale, dont je termine tout juste la lecture. J’ai en le refermant le sentiment d’être à ma place sous l’étiquette « cultivateur de relation enfant-nature » on doit être en France quelque unes et quelques uns dans le même cas… S’il y en a encore qui ne sont pas convaincus de l’intérêt de mettre les enfants dehors, avec ce livre, ils devraient le devenir.

[merci à Roland Gérard d'avoir écrit cette critique que nous avons copié/collé depuis une liste de discussion]

cultiver relation enfant nature couv

L’éducation à l’environnement sur ses deux jambes.

« De l’éloignement à l’alliance » le sous titre qui nous met en route, n’est pas mal non plus. « Comment avons-nous donc pu nous éloigner autant de nos fondamentaux, et des rudiments de la vie ... ? » se demande l’auteure au tout début de l’ouvrage. C’est vrai… ça semble tellement incroyable. Du coup son propos est d’un bout à l’autre teinté d’une perspective politique, ce qui ne gâche rien. Elle parle de « créer du concernement » je crois qu’on se rapprochait de ça avec le mot : « responsabilisation » dans les années 70. Mot qu’on mettait en troisième position de nos finalités éducatives après « autonomie » et « socialisation ». Aussitôt c’est un coup d’éclairage sur l’autre versant essentiel, qu’elle donne « renouer notre interdépendance sur et avec la Terre » et voilà l’éducation à l’environnement sur ses deux jambes : lien des personnes avec la nature et implication des mêmes personnes dans le destin de nos sociétés.

L’éducation à l’environnement à la française.

Il est aussi d’emblé question du Réseau Ecole et Nature association pionnière de l’éducation à l’environnement. Pas mal d’actrices et d’acteurs historiques sont cité.e.s, plusieurs ont été interviewé.e.s. Avec des Dominique Cottereau, Dominique Bachelart, Elise Sergent, Crystèle Ferjoux… Qui fait carrière dans l’éducation à l’environnement se sent un peu chez lui dans cet ouvrage. Il y a aussi au-delà du petit cercle Ecole et nature, les désormais incontournables Sarah Wauquiez, Philippe Meirieu, Anne Carioline Prévot, Moïna Fauchier-Delavigne, Isabelle Peloux, Sophie Rabhi … et puis aussi on trouvera cités : Michel Serre, François Terrasson… vraiment nous sommes en terrain connu dans l’éducation à l’environnement à la française, il n’y a pas d’erreur.

Franchement dans le coup !

Elle prône une rencontre directe sur le terrain « bien réelle et physique ». Elle aime la marche et sa confiance en les enfants transparait à tous les moments : « les enfants tout comme nous sont souvent aptes à évaluer les risques… » Elle traite du « syndrome de manque de nature », n’oublie pas de donner un coup de griffe aux écrans, parle aussi des neurosciences, dit l’intérêt éducatif du jardinage dés le plus jeune âge. A propos de l’Education nationale on a l’impression qu’elle comprend assez bien ce qui se passe : « Bien que des circulaires ministérielles existent en la matière … on peut noter néanmoins qu’il n’est que très peu fait mention du terme « nature » ». Elle est franchement dans le coup !

Solides références

Ce livre est à mettre dans toutes les mains de celles et ceux qui ont envie de faire quelque chose de bien pour leurs enfants. Il sera utile aux pédagogues débutants. On y trouve des chiffres : « 39% des enfants ne jouent jamais dehors les jours d’école », « un quart des moins de 19 ans ne quittent jamais leur domicile durant les vacances scolaires »…et les très nombreux qui « passent aujourd’hui plus de trois heures par jour devant un écran » Sont données des références à l’épreuve de toutes les attaques « il est temps de (re)considérer l’extérieur, le dehors et la nature autrement, comme cela est préconisé par des pédagogues dont Célestin Freinet, depuis fort longtemps. « L’enfant pas plus que l’animal sauvage n’est fait pour vivre enfermé. Le milieu qui lui convient le mieux, c’est la nature. C’est donc la nature que nous mettons à sa disposition » Puis vient Maria Montessori « la main est cet organe dont la structure fine et compliquée permet à l’intelligence de se manifester » .

Notre corps, nos sens…

Il sera bien aussi ce livre pour les vieux brisquards de l’EE en particulier les très naturalistes, les très scientifiques qui sont restés un peu sceptiques quand nombreuses et nombreux avons été au milieu des années 80 à embrasser des deux bras l’approche sensorielle. « ... se redonner des formes d’expériences offrant suffisamment de rencontres sensibles, charnelle d’une certaine manière avec les éléments de la nature. Car notre corps, nos sens contribuent au fait de nous sentir intimement reliés au monde… ». D’ailleurs on est en droit de se demander parfois, si celui la qui me dit tant de chose pendant une sortie, il veut m’aider à avancer dans la connaissance ou est-ce qu’il veut me montrer qu’il en connait un rayon ?

Notre pouvoir d’agir collectif

Elle a bien compris l’intérêt de l’approche locale : « …il y a sans doute à réinvestir des liens de voisinage. Nous ne connaissons plus les personnes qui pourtant vivent tout près de chez nous… » Elle a comprit l’importance de la main dans le développement de nos intelligences, elle pose une réflexion sur le temps… qui nous aidera à tourner la page de l’avion, des autoroutes et du TGV. Ce livre est dense et c’est une mine pour qui souhaite argumenter sur le bien fondé de la pratique du dehors avec les enfants. Manque juste un chapitre sur les forest school qui se développent aujourd’hui en France.. Les deniers mots évoquent la « communauté des vivants », « les associations d’éducation à l’environnement ». Ils invitent à « des formes d’actions plus collectives » à « parier sur la « contagion positive » » en appel à « notre pouvoir d’agir collectif »… livre politique on l’a dit !

Urgence d’en parler

Certains diront peut-être : « encore un livre… » Oui il en est parut quelques uns récemment sur le sujet. Nous pourrions dire plutôt « super un nouveau livre », et espérons bientôt des nouvelles vidéos, des nouveaux films, des articles, des émissions de radio et de télé… et encore des rencontres, colloques et symposiums… et même des « sommets » et des « conférences internationales » L’éducation à la nature est pleinement un sujet, c’est une urgence pour les enfants, une urgence pour notre avenir commun et il est urgent qu’on en parle et pas seulement dans les chaumières, parlons en dans l’espace public, ce livre nous y aide.

L’auteure

L’auteure, c’est écrit dans le livre… elle est tombé dedans quand elle était petite, on est un certain nombre comme ça : « fille de paysans… j’ai grandi à 300 m d’une forêt ou nous nous rendions librement avec mes frères… » Après elle a fait de la sociologie et de la céramique… elle est maman de trois enfants et directrice pédagogique de la formation continue en sciences humaines et sociale de la faculté catholique de Lyon… Elle a « eu la chance d’être éveillée au goût des choses simples ». Elle aurait bien ça dans la peau ! Tâchons aujourd’hui de l’offrir aux enfants, cette chance, ce n’est pas si évident.... On peut la remercier d’avoir apporté cette contribution… et naturellement attendons la suivante.

Roland Gérard